L’échiquier humain
Les pièces s’avancent en rang serré. Elles ne connaissent pas leur destin funeste et déjà agencé. Elles se pressent vers la mort et la destruction avec entrain.
Les plus fortes s’activent plus vite que les plus faibles qui traînent les pieds. Toutes se hâtent dans la direction qui leur a été désignée et qui les mènera vers la réussite – ou l’échec - de leur existence. D’un côté les pièces noires couleur de nuit. De l’autre les pièces blanches couleur d’ivoire. Différentes en apparence, mais si semblables dans leurs agissements.
Arrivées au centre, les pièces des deux camps se rejoignent, mêlée confuse et discordante, emplie de cris de souffrances et de rage. Les premiers arrivés sont les puissants qui chargent d’abord les plus faibles. Ceux qui peuvent, la noblesse et les riches, se font protéger par d’autres plus puissant, mais facilement manipulables. Ils gagnent leur importance par leur richesse ou par leur hérédité naturelle. La valeur pécuniaire de l’un, l’emporte sur la valeur esthétique de l’autre.
Les pièces continuent leur guerre inéluctable et sans but. Nul ne sait pourquoi elle a commencé, mais tous se confortent dans l’idée qu’il doit bien exister une raison connue uniquement par les anciens qui ne vous parlent que de bravoure et d’héroïsme, mais qui n’assistent pas au massacre de ses enfants et de ses petits-enfants.
Ainsi se déroule une partie d’échec. Ainsi va le monde des hommes : juste, égal et hautement moral ! L’échiquier humain qui guide les vies des mortels, reflet de la terre civilisée et organisée sur laquelle nous vivons. Tous les hommes poursuivent cette même quête de pouvoir et de richesses. Leur cupidité est sans borne, et leur amour du pouvoir les rend aveugles à tout autre sentiment.
L’échiquier humain, le reflet de nos erreurs et de nos accusations tacites. L’échiquier humain, impitoyable preuve de notre haine dévastatrice et de notre avidité sans commune mesure.