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 Le coureur

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Galadrien
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MessageSujet: Le coureur   Mar 18 Sep - 19:01

Le coureur

L’homme traversa les champs en courant à perdre haleine. Rien ne paraissait pouvoir l’arrêter dans sa fuite éperdue. Son front couvert de sueur et ses yeux à l’air hagard en disaient long sur son état de faiblesse. Cependant la détermination de cet homme semblait suffisante pour le pousser à courir à une telle vitesse sans donner l’impression de vouloir stopper son effort. Les paysans qui l’aperçurent, furent plongés dans une grande perplexité quant à savoir ce qui pouvait bien pousser cet homme à endurer un tel supplice. Les plus perspicaces pensèrent qu’il était désespéré. Les plus simples se dirent qu’il fuyait quelque chose de suffisamment terrifiant pour obliger un homme à courir sans pause ni arrêt.
En réalité, aucun des deux groupes n’avait tout à fait tort.

Un peu plus tard, l’homme arriva en une terre aride et desséchée, à laquelle il n’accorda qu’un bref regard en biais sans freiner son allure. Puis il progressa à travers une vaste forêt emplie de mystères et de bruits inconnus. Ensuite il franchit un pont enjambant une chaîne de montagnes couvertes de neige. Enfin il parvint en une contrée sombre et morne où le ciel était couleur de cendre et l’air presque irrespirable. Des arbres morts se dressaient le long de la route de terre, lugubres gardiens silencieux, témoins du passage de rares voyageurs assez fous pour se rendre en pareil lieu. L’homme n’était pas fou. Bien au contraire il était l’homme le plus clairvoyant que l’on puisse rencontrer à l’ouest du monde. La raison de sa course, il allait de ce pas l’apprendre au maître de la morose région sur laquelle il avait pénétré.
Il faut savoir que le maître des lieux n’était autre que la délivrance suprême, l’implacable fatalité, l’inévitable évidence : la Mort.

L’homme s’approcha de la Mort avec respect mais sans crainte. Il s’adressa à elle respectueusement et avec humilité :
« O toi qui règnes sur ces terres désolées et stériles ! O toi qui se moques de la volonté des hommes ! J’ai parcouru des lieues et des lieues jusqu’au bout du monde pour te trouver. Je t’ai cherchée en chaque pierre, en chaque mare, en chaque souffle de vent. Tu ne m’es pas apparu. J’ai tué espérant ainsi te découvrir, mais ton habileté t’a rendu invisible à mes yeux. Maintenant que j’ai enfin, par un immense hasard, découvert ta retraite, et suis venu jusqu’à ton antre, permets-moi de te questionner et éclaire-moi sur mes interrogations. »
La Mort dévisagea longuement l’homme puis d’un geste l’invita à la questionner.
L’homme alors se décida : « Froide et juste autorité qui dirige nos vies ! Maîtresse de la vie et porteuse de la flamme glacée ! Si mes pieds m’ont amené ici jusqu’à toi, c’est que je désire découvrir le sens de mon existence. Un matin il y a plusieurs dizaine d’années, je me suis éveillé désespéré en comprenant que ce jour serait pareil à celui passé la veille et que demain serait semblable à aujourd’hui. Imaginant cette interminable répétition sans autre objectif que ma survie et mon plaisir, mon esprit s’emplit alors d’une vague d’horreur. Je décidais donc de découvrir s’il ne se trouvait point quelqu’un pour m’éclairer et pensais logiquement à toi qui sais tout de la destinée et du cours du temps. Maintenant réponds-moi ! Je veux savoir pourquoi ! Pourquoi enfin suis-je vivant sur cette terre depuis tant d’années ? Pourquoi cette existence ? Pourquoi m’a-t-on offert pareille opportunité ? Je ne suis pas croyant, ainsi je ne peux avoir d’espoir. Je ne suis pas hédoniste et n’ai trouvé de véritable sens à une vie d’accumulation de plaisir. Je n’ai pas recherché à accumuler les expériences ni les découvertes. En fait je n’ai même pas voulu découvrir une quelconque vérité en quoi que ce soit si ce n’est celle que je vous mande en cet instant ! J’ai repoussé l’amour et ses joies et déconvenues. J’ai refusé de posséder une quelconque richesse. J’ai rejeté tout pouvoir et évité les responsabilités. A présent parle ! Dis-moi s’il est un but dans la vie d’un homme ou si j’aurai mieux fait de profiter des plaisirs qui s’offraient à moi au lieu de rechercher une réponse à ma question à travers mon existence. Qu’était-ce donc que le but de ma vie ? Allons Mort ! Il est temps pour moi d’apprendre la vérité ! »
La Mort se leva alors et tourna les talons.
Derrière elle l’homme s’écroula à terre et les battements de sa vie cessèrent.
Le froid enveloppa le corps de l’homme et le silence s’épaissit.
Au loin la Mort contempla encore un court instant le cadavre de l’homme en pensant que bientôt il ne resterait plus rien de son corps. L’existence de cet homme se dissiperait et son souvenir disparaîtrait avec ceux qui l’avaient connus. « Un esprit déjà mort à sa naissance » pensa la Mort « Mais un esprit lucide ! » ajouta-t-elle pour elle-même.
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MessageSujet: Re: Le coureur   Sam 13 Oct - 0:28

j''adore ce texte!Il est vraiment très bien écrit.Smile
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Le coureur
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