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 La lame sans âme

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Shota Rustaveli
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MessageSujet: La lame sans âme   Dim 2 Sep - 22:56

La lame sans âme



Il brandissait son sabre avec courage face à ses ennemis sauvages et cruels. Il ne connaissait ni la douleur, ni la crainte, courrait toujours au premier rang, se précipitait avec rage sur ses adversaires hébétés aux yeux hagards qui avaient foulé ses terres. Je fus taché du sang des hommes qu’il ruinait d’un seul coup de bras. J’épiais ce terrible spectacle, inerte, sans voix. Son bras s’abattait comme une avalanche emportant tout sur son passage. Il se battit pour son peuple pendant des âges, ne cessant jamais de maugréer contre ses ennemis méprisable qu’il écrasait avec la puissance d’un ressac; et sa taille gargantuesque! Ah, je me souviens encore de ces guerriers qui le fuyaient et même notre général inébranlable qui le craignait.
Il m’avoua un matin qu’il était fatigué de combattre, de mettre des points finaux à la vie de beaucoup d’homme, d’entendre des supplices et des rires hystériques, des cris de défaite et de gloire. Son visage était distendu non à cause de l’âge mais à cause de l’insoutenable vie qu’il menait. Il rapiéça une phrase qu’il m’avait déclaré un jour:
« Dieu a créé un monde immaculé que l’homme a souillé par sa perfidie en se nettoyant les mains ensanglantées du sang d’autres hommes dans les ruisseaux, en coupant du bois pour son confort ou pour le brûler, en perçant la terre pour trouver des trésors, en pullulant l’air par son halène exécrable.»
Il pleuvait ce jour-là, malgré les prières du général qui pensait que la pluie aurait pu leur être fatale et il laissa échapper des larmes de peur quand il observa ses hommes, cheveux en bataille, sans casques ni pavois, ils étaient prêt à tomber de leur arbre où ils avaient mûri et où ils attendaient d’être cueillis et recueillis par les anges.
La dernière bataille allait être fulgurante…
Il me regarda avec un léger sourire avant de se retourner et de s’incliner devant le général. Les cors résonnèrent en écho faisant vibrer les montagnes majestueuses en colère qui déchiraient de leurs cimes les nuages les traversant, nettoyant de leurs larmes l’herbe déjà devenu rougeâtre et dissimulant par le son mélancolique de la pluie les cris de douleurs et de rages.
Ce fut l’ultime sourire de mon maître. Il étais devenu si mûr qu’on l’aurait même crû insipide, mais l’ange le cueillit. Je ne parvenais pas à pleurer car, après tout, c’était sa dernière volonté: mourir pour son peuple en lui offrant la victoire!
Le général vitupérait contre les derniers ennemis à genoux, les bras arqués, les mains terreuses qui reposaient sur leurs cheveux malpropres, suppliant d’être épargnés. Le général versatile fut gagné par le courroux qui le rongeait et donna l’ordre d’égorger les prisonniers. Ces derniers chantèrent tous en chœur, les yeux clos, le visage serein… Leurs âmes disparurent dans l’éther…
J’étais tartiné dans la boue à côté de mon maître. C’est la première fois depuis longtemps qu’il pouvait se dire libre… ou plutôt, que c’était la première fois qu’il était libre mais qu’il ne pouvait plus le dire… Le général m’arracha des doigts de cet être que je n’oublierai jamais.
Les siècles s’égrenèrent et tout le monde oublia cet homme glorieux. Ma lame fut nettoyée et aiguisée. Mais les éraflures resterons là à jamais.
J’ai à présent 900 ans. Je suis accroché à la devanture d’un armurier. Je prie pour qu’aucun être humain ne se serve de moi et de mon fourreau pour massacrer d’autres êtres humains.
Mon maître a souffert des décennies, quant à moi, ce sera pour l’éternité, ne servant qu’à être contemplé par des gens désinvoltes. Les enfants me scrutent et leurs parents négligents détournent leurs regards en leur hélant de s’éloigner de cet objet détestable.
Je regrette le jour où le forgeron m'a créé.
Je regrette le jour où l’on ne m’a pas enterré au côté de mon maître.
Je me souviens encore lorsqu'il me tournoyait au-dessus de son visage alors qu’il faisait la moue et avait un regard terrifiant ouvrant sa mâchoire prognathe et montrant ses dents de carnassier! Il fut couronné de gloire par le Roi près des pinèdes jalonnés de cistes où tous nous admiraient, les champs d’œillets rayonnaient et autour des roches siliceuses poussaient des ajoncs qui ne s’escagassaient jamais et les genêts perdaient déjà leurs fleurs, jusqu’au jour où le général me ramena de la dernière bataille dans ces landes où je pus voir que les genêts avaient perdus toutes leurs pétales… Et aujourd’hui, il m’ont accroché là à côté d’une brosse qu’ils frottent sur moi chaque semaine…
C’est dur d’être éternel…
J’envie les êtres humains d’avoir la chance de trouver un repos bien mérité un jour ou l’autre.
En vie, mais plus d’envie

(je me suis inspiré d'une chanson géorgienne)
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