
Les Scribes de l'Ere contemporaine Espace d'échange de textes et d'idées |
|
| | L'oeuvre de Shota Rustaveli!!! | |
| | Auteur | Message |
|---|
Shota Rustaveli Admin

Nombre de messages: 70 Age: 19 Localisation: სადღაც შორს Date d'inscription: 31/08/2007
 | Sujet: L'oeuvre de Shota Rustaveli!!! Jeu 3 Jan - 1:47 | |
| Shota RustaveliLe chevalier à la peau de tigre (panthère)(écrivain du XIIe siècle) PROLOGUE 1 Celui qui créa l'Univers par Sa puissante volonté, Insufflant aux êtres, des deux, l'esprit divin et la bonté, Nous donna le monde aux couleurs multipliées à volonté. De Lui détient tout souverain son image et sa royauté.
2 À Ton image, unique Dieu, en toutes choses l'on s'attend, Accorde Ta protection afin de bafouer Satan, Initie-moi au fol amour qui de mortels enlaça tant, Soulage-moi de mes péchés que l'au-delà n'efface à temps.
3 Guerrier au sabre et bouclier, lion vaillant, soleil ou ange, Gardant Tamar aux joues-rubis, cheveux-torrent de jais où nage Le regard indiscret, comment oser élever ta louange? Te contempler, c'est accéder aux joies sereines sans nuages.
4 Louons Tamar la souveraine et reine de mes pleurs sanglants, Humble chantre non maladroit. j'ai dit sa beauté me cinglant, Mon encre fut un lac de jais et ma plume un roseau pliant, Fais donc justice, javelot, du cœur de l'entendeur si lent!
5 En son honneur on m'ordonna de composer ce doux poème, De louer cheveux et sourcils, cils indociles, lèvres-gemmes, Rangée cristalline de dents, perles serrées, d'attrait suprême. Un étau flexible de plomb brise la pierre la plus ferme.
6 Pour porter ma parole au loin, du cœur et de l'art secondée, Ô, force par Toi octroyée, ô, raison par Toi fécondée, Daignez évoquer Tariel, beauté du ciel et de l'ondée, Trois astres lies, trois héros, fidèle amitié insondée.
7 Venez verser pour Tariel des flots jamais sèches de larmes. Quel est le mortel qu'épargna la froide lance de ses charmes? Moi, Roustvéli, je viens rimer, le cœur pour lui percé de l'arme, Ce récit ancien, depuis, en perles sonnant son alarme.
8 Moi, Roustvéli, j'ai assumé ce que notre métier comporte, Pour elle mort, je sers pourtant celle qui conduit les cohortes. Je défaillis, pour les midjnours, point de baume d'aucune sorte, J'implore guérison, sinon à être enseveli j'exhorte.
9 La présente histoire persane en géorgien fut transposée, Perle solitaire, avec soins de mains en mains redéposée, Je l'ai trouvée, redite en vers, j'y ai mon âme déposé. La ravisseuse de mes sens dira: l'a-t-elle indisposée?
10 Mes yeux, a sa vue aveuglés, rêvent de revoir la fautive, Mon cœur épris à travers champs prend une course intempestive. Si elle délivrait l'esprit, ne brûlant que ma chair rétive? En son honneur peindraient des vers teints aux trois couleurs électives.
11 Que chacun suive son destin, du sort échu qu'il se contente, Le travailleur en travaillant, le guerrier en quittant la tente, Le midjnour faisant de l'amour la plus délicieuse attente, Ni décrié ni décriant, du gai savoir la joie le tente.
12 La poésie depuis toujours est l'occupation du sage, Divine, à divin entendeur offrant un sublime partage, Dans son commerce trouvera l'homme de bien son avantage, Un long propos se dit en bref, du chaïri c'est l'apanage.
13 Course effrénée et long parcours mettent le coursier à l'épreuve, De la maîtrise d'un joueur l'envoi de la balle est la preuve, De même, un poète inspiré à un long poème s'abreuve, Pour peu qu'un vers vienne à manquer, il ne va pas suspendre l'œuvre.
14 C'est là qu'il faut voir le rimeur, l'art qu'il déploie au chaïri: Langue donnée au chat et vers caduc au point que chat y rit Font sourde oreille au géorgien, le flot de mots soudain tarit, Mais ajustant alors sa lyre, il doit relever le pari.
15 Poète n'a pour nom celui qui dit parfois un vers ou deux, Jalouse les vrais créateurs, à tort se place à côté d'eux, Bâclant un vers par-ci, par-là, inanimé et hasardeux; «Mon trait saillant est hors de pair», affirme cet âne ombrageux.
16 D'autres auteurs au souffle court font aussi partie de ce chœur, N'atteignant la perfection et ne pouvant toucher les cœurs. Manquant le farouche animal, tel jeune chasseur sans rancœur Endossera pareillement menu gibier, souris moqueurs.
17 À la chanson et au banquet le troisième genre s'apprête, À jouer des tours aux amis, à plaisanter, conter fleurettes, Vous y trouvez de l'agrément lorsque la clarté vous en prête. Un poète n'est pas celui qu'une longue tirade arrête.
18 Un poète doit se garder de gaspiller des mots sans âme, De son éclat le serviteur, seule il courtisera sa dame, À son service apportera son art, son hommage, sa lame, La musique de son propos, sans espoir de retour—sa flamme.
19 Apprenez mon cas à présent: ma belle j'ai chantée et chante, Sans fausse honte, j'en suis fier, mon obligation m'enchante, Elle est ma vie, en cruauté passant la panthère méchante, Dans le secret de mes écrits son nom dissimulé me hante.
20 Je glorifie l'amour premier qui est de nature céleste, Difficile à interpréter, intraduisible en langue leste, Germe secret, mystérieux, il nous élève et nous déleste, Le tente l'amant patient quand l'existence le moleste.
21 Renfermant son essence en soi, cet amour défie la raison, La langue s'émoussant en vain, lasse de ses péroraisons; J'ai dit les chemins de la chair, j'en entrevis la floraison, Imite l'amour élevé non le rut, mais la déraison.
22 Le mot arabe de «midjnour» désigne «le fou», «le dément», Il se démène de dépit: amour entendement dément. Les uns fatigués d'un long vol, frôlent de près le Dieu clément. D'autres se contentent de moins: beauté facile est leur aimant.
23 Le midjnour se doit d'être beau, égalant la beauté solaire, Sage, fortuné, généreux, jeune et disponible pour plaire Et puis tolérant, éloquent, vainqueur des preux qui sur sol errent. Mais sans tout cela, un midjnour n'a pas de morale exemplaire.
24 De rude, difficile accès, l'amour est d'un genre sublime, Le sentiment ou la débauche élève son homme ou l'abîme, Amour est un, licence est autre, entre eux s'étend un grand abîme. De les confondre gardez-vous, croyez-en mon conseil ultime.
25 Un amant doit être constant, non dévoyé, vil et coureur, Éloigné de sa bien-aimée, il se lamente en sa douleur, Son cœur à la seule attaché, lui vouant toute son ardeur. Je hais une attache sans cœur, les embrassades, la langueur.
26 Un midjnour ne doit désigner ces ébats du nom de l'amour, Désirant celle-ci, puis l'autre et les consolant tour à tour, Pareil aux jouvenceaux légers, volant au plaisir chaque jour. Qui ne cède aux tentations, celui-là est un bon midjnour.
27 Un amant refoule, avant tout, et dissimule sa tourmente, Cherche partout à s'isoler et n'oublie jamais son amante, Se meurt au loin, languit au loin, au loin s'émeut et se lamente, Affable, déférent, pour lui du pardon l'amour s'alimente,
28 Il se doit de ne dévoiler devant personne son élan, De ne médire de sa belle et de ne paraître dolent, De ne manifester l'amour, se maîtrisant, se consolant, Acceptant maux et feu, joyeux, et tel au festin s'en allant.
29 À part un fou, qui se fiera au midjnour dévoilant qui l'aime? Quel en est le profit, sinon de nuire à elle et à soi-même? Comment louer en médisant, n'est-ce pas là un faux dilemme? Pourquoi blesser un cœur aimant, voir sa belle de courroux blême?
30 Je m'étonne quand un amant feint la passion amoureuse: Pourquoi s'obstiner à noircir sa bien-aimée meurtrie, honteuse? Qu'il méprise» s'il n'aime pas, sans calomnie avant-coureuse! L'homme méchant prise surtout une parole vénéneuse.
31 Si l'amant pleure son amante, on compatit à sa souffrance, La solitude au midjnour sied, lui sera comptée comme errance, Le souvenir de son amie éloigne seul l'irrévérence, Auprès des autres le midjnour cache l'amour de préférence.Ce n'est que le prologue que des fous on réussi à traduire chaque vers en français!!  (d'ailleurs, le résultat est extraordinaire! Ils ont fait rimer). Je suis fier de vous annoncer qu'il y a 1587 vers!!! Je ne voulais pas vous balancer les 1600 vers d'un coup! A cause du respect des rimes, le sens se perd un peu dans la traduction française... _________________ Je vous aime, j'étouffe, je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop; Ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot, Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne, Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne!
|
|  | | Shota Rustaveli Admin

Nombre de messages: 70 Age: 19 Localisation: სადღაც შორს Date d'inscription: 31/08/2007
 | Sujet: Re: L'oeuvre de Shota Rustaveli!!! Jeu 3 Jan - 1:50 | |
| I. HISTOIRE DE ROSTEVAN, ROI DES ARABES
32 En Arabie était un roi heureux de par Dieu, Rostévan, Grand, généreux, condescendant, aux nombreux chevaliers servants Juste, clément, compréhensif, à la fois sage et bon vivant, Lui-même guerrier sans pareil, interlocuteur captivant.
33 Le roi n'a guère d'héritier, mis à part une fille unique, Astre, elle éclaire l'univers, avec les soleils communique; À sa vue on perd la raison, l'âme et puis le cœur impudique. Un sage au verbe foisonnant trouvera sa juste réplique.
34 Son prénom est à retenir: elle s'appelle Tinatine! Le soleil s'éclipse devant sa naissante beauté mutine. Le roi convia ses vizirs, calme, dispos, il leur destine, Les asseyant à ses côtés, sa douce parole argentine.
35 Il dit: «Sur un point délicat je veux avoir votre conseil: De la rosé à peine flétrie on ne perçoit plus le vermeil, Une autre fleur tout aussitôt au beau jardin prend son éveil: Pour nous le soleil est couché, la nuit se lève sans réveil.
36 «Je vieillis, de l'âge avancé le mal incurable m'atteint, Le monde est ainsi, je mourrai aujourd'hui ou demain matin; Quelle est la clarté que déjà l'ombre crépusculaire étreint? Ma fille au trône montera, le soleil enviera son teint.»
37 Les vizirs de lui rétorquer: «Sire, pourquoi parler vieillesse? Rosé déclose ne s'en va, on la sert, point ne la délaisse: Son parfum, sa vive couleur surpassent tout par leur noblesse. À la lune au déclin vit-on l'étoile reprocher faiblesse?
38 «Sire, ne dites pas ainsi, votre rosé n'est pas fanée, Autrement justes, vos erreurs ne se sont jamais pavanées; Mais les visées de votre cœur ne sauraient être profanées: Soit la dompteuse du soleil au trône pour bien des années!
39 «Quoique femme, Dieu la désigne au pouvoir depuis la mamelle, Elle sait régner, son esprit juge une cause et la démêle, Comme le soleil, sa présence octroie à nos désirs flamme, ailes, Les lionceaux naissent égaux de nature mâle ou femelle.»
40 Le jeune Avtandil est spaspeth et fils de l'amir-spassalar, Cyprès élancé, du soleil et de la lune il a les dards, Encore imberbe, du cristal il est la lumineuse part; L'armée des cils de Tinatine occit le preux, le rend hagard.
41 Au fond du cœur dissimulé, il porte un amour indicible, L'éloignement brouille sa vue et pâlit la rosé sensible; Présente, son aimée le brûle et ce mal est irréversible. Pitié pour l'homme dont le cœur au tir de l'amour sert de cible!
42 Quand le roi ordonne l'accès de sa fille à l'étât de reine, La joie s'empare d'Avtandil, les feux contenus le reprennent; Il se dit: «Je verrai souvent ma cristalline souveraine, Serait-ce un remède à mon mal qui ma pâleur enfin refrène?»
43 Le peuple d'Arabie apprend la volonté du grand monarque: «Ma Tinatine désormais de l'Etat gouverne la barque. Je l'ai voulu. Que son soleil chasse les ténèbres opaques! Voyez la magnanimité dont le sceau sublime la marque!»
44 De partout les nobles seigneurs à l'appel affluent sans encombre: Visage solaire, Avtandil, spaspeth des milliers, est du nombre, Aux côtés du roi son vizir Sograte se meut comme une ombre. Qui voit le trône reconnaît: «Devant lui toute splendeur sombre.»
45 Tinatine au bras de son père avance et répand la clarté, Le roi l'assoit et de sa main la couronne, plein de fierté, Remet le sceptre et la revêt d'habits que reine doit porter. La femme au regard pénétrant ensoleille les invités.
46 Le roi et l'armée en retrait, rendant un solennel hommage, L'ont bénie et intronisée; elle reçut divers messages; Le son des cymbales, du cor agréait à l'ouïe des sages. Abaissant l'aile de corbeau, elle offre aux larmes son visage.
47 Du trône paternel indigne elle se croit, le son s'en joue, Les sanglots l'étouffent, s'emplit de larmes le rosier des joues; Le roi dit: «Tout père en l'enfant renaît et le néant déjoue, Le feu qui me rongeait s'apaise, à nouveau l'espérance joue.»
48 Il ordonna: «Ne pleure pas, prête l'oreille à mon récit: Ma fille, reine d'Arabie avec mon accord te voici, De ce royaume désormais on te confiera les soucis, Sois sage, sereine, tranquille, évite de froncer sourcil!
49 «Sur la rosé et sur le fumier le soleil impartial roule, Sois égale sans te lasser, humbles et grands viendront en foule: Préserve la fidélité et les rébellions refoule. Donne largement, en son sein la mer reçoit l'eau et l'écoule.
50 «Le roi et l'octroi, le cyprès et l'Eden se sont confondus; À son souverain généreux un traître obéit, confondu; Boire et manger nous font du bien, à quoi sert l'or non répandu? Ce que tu donnes t'appartient, ce que tu détiens est perdu!»
51 La fille écoute sagement tandis que le père devise, Prêtant une oreille attentive, elle est patiente et soumise; Le roi s'adonne au vin, au chant, les joies de la table le grisent; La reine éclipse le soleil, mais le soleil tinatinise.
52 Elle appela son précepteur, dévoué et fidèle à celle Qui lui ordonne: «Apporte-moi les richesses que tu recèles, Tout mon héritage royal en or, rubis ou rubacelles.» On l'apporta. Elle donna, sans garder la moindre parcelle.
53 Elle distribue ce jour-ci les biens reçus dès son jeune âge, Comblant le vilain et le grand, éblouissant son entourage. Puis elle dit: «Ainsi je suis le conseil paternel et sage, Qu'on ne s'avise de cacher ni le trésor ni l'héritage.»
54 Elle ordonna: «Allez ouvrir autant que j'ai de coffres-forts! Ecuyer, amenez ici troupeaux, destriers au prix d'or!» On amena. Elle donna largement, sans faire de tort. Tel guerrier prit plus de bijoux qu'un pirate monté à bord.
55 On s'empare de ses trésors comme du bien des Turcs infâmes; Le coursier arabe s'ébat: choyé, la chevauchée l'affame; La reine, en tempête du ciel, balaye ce qui la diffame, Mains vides ne la quittera aucun convié, homme ou femme.
56 Un jour s'est écoulé: fruits, vins se succédèrent au festin, La multitude des guerriers buvait, bénissant le destin; La tête du roi s'inclina, on s'aperçut de son chagrin. «À savoir quel est son ennui?» se demandaient ses paladins,
57 De l'éclat solaire Avtandil resplendit en son bel arroi, Assis en tête est le spaspeth, tel un tigre, un lion adroit, Sograte, le vizir âgé, siégeant à côté de bon droit. Ils disent: «Quel est le chagrin qui alourdit le cœur du roi?»
58 Ils disent: «Le roi a plongé soudain dans de noires pensées. Tandis qu'à ce joyeux festin la gaîté seule est dispensée.» Avtandil dit: «Seigneur Sograte, ouvrons une plaie mal pansée, Évoquons en termes plaisants sa quiétude menacée.»
59 Sograte et le svelte Avtandil de concert se lèvent enfin, Emplissent chacun une coupe exhalant un exquis parfum. S'agenouillant devant le roi, aux lèvres un souris non feint, Alors le vizir éloquent en douce approche de ses fins.
60 «Te voilà attristé, ô roi, se tait ton rire étincelant. Tu as raison! Votre trésor s'évanouit de but en blanc, Ta fille prodigue son bien, autant en emporte un milan, Si tu ne l'avais couronnée, il y en aurait pour mille ans.»
61 Ayant entendu ce propos, le roi sourit et le regarde Tout étonné: qui ose ainsi parler de ce qui le regarde? «Merci de ta sincérité, que Dieu te préserve et te garde, Mais qui pour avare me prend, ment de son gré ou par mégarde.
62 «Ceci ne me pèse, vizir, mais voici ce qui me tourmente: L'âge me talonne, j'ai bu les jours de l'aube tant clémente Sans voir dans mon vaste pays une âme fidèle et aimante Qui de moi apprendrait les us d'une bravoure véhémente.
63 «Élevée dans les menus soins, je n'ai qu'une fille ici-bas; Dieu ne m'a pas donné de fils, et je me résigne tout bas: Point de tir à l'arc, point de jeu à la balle ou de fols ébats; Seul Avtandil que j'ai formé marche plus ou moins dans mes pas.»
64 Le chevalier altier entend les propos du roi; déférend, Il sourit, la tête inclinée, et le souris plus beau le rend, La blanche lueur de ses dents par les vaux verdoyants s'étend. Le roi demande: «Es-tu froissé? Quelque chose en moi te surprend?»
65 Puis: «Par ma foi, pourquoi ris-tu? Pourquoi m'adresses-tu ce blâme?» Le preux hasarde: «J'avouerai mon mouvement du fond de l'âme, Mais promets-moi qu'à cet aveu soudain ta fureur ne s'enflamme, Que l'on ne juge impertinent qu'ainsi ton repos nous troublâmes.»
66 Le roi dit: «Venant de ta part, un propos ne peut me blesser!» Sur Tinatine il jure alors, le soleil en est surpassé. Avtandil dit: «Je parlerai sans redouter de t'offenser: Ne vante pas, ô roi, ton tir, un propos doux est plus sensé.
67 «Poussière à vos pieds, Avtandil n'est pas un moins habile archer, Parions, prenons à témoin les preux qui vous sont attachés; Parole donnée, on la dent, rien ne peut nous en détacher. Désormais à l'arc de parler et à la flèche de trancher!»
68 «De m'avoir lancé ce défi tu auras à te repentir. Soit! Nous allons nous mesurer, mais sans nous en dédire, au tir. Prenons à témoin les guerriers qui sauront nos coups répartir. On entendra par monts et vaux le nom du vainqueur retentir.»
69 Le débat est clos. Avtandil observe une pause discrète. Riant, folâtrant, plaisantant, avec prévenance ils se traitent. Bientôt on arrête l'enjeu, et la solution est prête: «Le vaincu se résignera à marcher trois longs jours nu-tête!»
70 Le roi ordonna aux chasseurs: «Parcourez les bois et les champs, Dépistez partout le gibier, je l'aime abondant, alléchant.» On lance l'appel aux guerriers: «Soyez équipés sur-le-champ.» Ainsi s'achève le banquet, cessent la gaîté et les chants.
j'ai oublié de vous dire... au troisième vers Shota décrit la reine Tamar (reine de Géorgie (XIIe siècle)); on dit qu'il était amoureux d'elle; tout son livre, il l'a écrit pour elle!! _________________ Je vous aime, j'étouffe, je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop; Ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot, Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne, Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne!
|
|  | | Shota Rustaveli Admin

Nombre de messages: 70 Age: 19 Localisation: სადღაც შორს Date d'inscription: 31/08/2007
 | Sujet: Re: L'oeuvre de Shota Rustaveli!!! Mar 15 Jan - 1:20 | |
| II. LE ROI ROSTÉVAN ET AVTANDIL À LA CHASSE
71 Au point du jour se présenta le lis élancé et subtil, Corps d'écarlate revêtu, traits de cristal et de rubis, Un camail d'or le protégeait et lui seyait le fourreau bis. Le cavalier héla le roi, et le blanc destrier bondit.
72 Le roi enfourche le cheval, tous deux se rendent à la chasse, Les rabatteurs cernent le val et, tel un joyau, ils l'enchassent, Couverts d'un joyeux brouhaha, les champs de guerriers s'empanachent Les flèches, selon le pari, criblent les cibles, se pourchassent.
73 Aux écuyers on ordonna: «Vous serez douze à notre suite, Nous offrant flèche ou arc tendu, soyez attentifs et tacites, Comparez le nombre de tirs, évaluez les réussites.» Le gibier commence à paraître autour du champ, à ses limites.
74 Le gibier en troupe surgit, aussi varié que nombreux: La chèvre, l'onagre, le cerf, le chamois au saut périlleux. L'avance des maîtres et serfs forme un spectacle merveilleux! Voici la flèche et voici l'arc, servis par deux bras vigoureux.
75 Puis la poussière du galop ravit au soleil ses rayons. Le tir abat les animaux, le sang arrose les sillons, Près du seigneur le serf se dit: «À servir les flèches veillons.» Sans faire un pas, la bête tombe au milieu de ce tourbillon.
76 On franchit en trombe le champ, traquant une troupe de daims, Le gibier fut exterminé, Dieu courroucé d'un tel dédain. Le sang versé teignit les champs, et la terre en rougit soudain. On s'écrie, voyant Avtandil: «C'est le cyprès, arbre d'Eden!»
77 Le vallon ainsi traversé, on assista au rembucher: Un cours d'eau limite le champ, au bord de l'eau sont des rochers, Le gibier entre en la forêt où l'on ne saurait chevaucher. Dispos et las, les deux rivaux ont alors brides relâché.
78 Aussitôt: «C'est moi le meilleur» se lancèrent-ils en riant. Ils s'égayaient et folâtraient, en amis se contrariant. Survinrent les serfs, et le roi les interpela, confiant: «Annoncez-nous la vérité, exemptez-nous de faux-fuyants.»
79 Les serfs: «Voici la vérité, pourvu qu'elle ne te déplaise: Te comparer à ton vassal, nous met, ô roi, fort mal à l'aise. À toi de nous exécuter si notre franchise te lèse... Le gibier par lui abattu fut rivé sur la terre glaise.
80 «Le gibier tué par vous deux constitue en tout dix fois vingt, Mais Avtandil a abattu vingt de plus, ainsi il advint: Parmi ses flèches il n'y eut aucune qu'au but ne parvînt. Nous dûmes déterrer parfois les vôtres, décochées en vain.»
81 Ce propos à l'ouïe du roi est le chant doux du jeu de table, La performance du disciple, entre toutes, lui est aimable: Devant les attraits d'une rosé un rossignol est vulnérable. Oubliant son chagrin, il rit et se détend, d'humeur affable.
82 Au pied d'un arbre tous les deux vinrent se délasser au frais. Plus nombreux qu'épis dans un champ, les guerriers à la vue s'offraient. Douze serfs hardis se tenaient aux aguets comme des orfraies. On s'ébattit, on contempla l'eau, la lisière, la forêt. _________________ Je vous aime, j'étouffe, je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop; Ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot, Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne, Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne!
|
|  | | | | L'oeuvre de Shota Rustaveli!!! | |
|
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|